samedi 18 avril 2026
Biassou
Analyse politique et opinions
opinion

L’État Camerounais: le pouvoir comme rituel de continuité

Sous Paul Biya, le Cameroun a perfectionné l’art de durer sans avancer, un régime où le renouveau se répète sans jamais advenir.

1. L’État suspendu: le pouvoir comme rituel de continuité

Depuis 1982, Paul Biya a fait du temps son allié et de la durée sa légitimité. Loin des coups d’éclat ou des réformes spectaculaires, il a cultivé une lenteur souveraine, une forme de gouvernement fondée sur le report permanent.

Chaque remaniement, chaque promesse de “nouvelle ère” n’a servi qu’à réaffirmer le même principe : ne rien changer pour durer. C’est cette inertie organisée qui fonde aujourd’hui la stabilité du régime.

2. La corruption comme mode de gouvernance

Au Cameroun, la corruption n’est plus un dysfonctionnement : c’est un langage politique. Elle assure la cohésion d’un système où chacun trouve son intérêt dans la survie du statu quo. Les institutions fonctionnent à bas bruit, les élites se cooptent, les scandales se répètent – mais rien n’éclate.

Ce n’est plus la faute morale d’un régime, mais son architecture même: un réseau d’intérêts où le silence vaut promotion.

3. Le “renouveau” éternel : promesse sans projet

Depuis son premier discours, Paul Biya invoque le “Renouveau national”. Mais ce mot, vidé de son contenu, n’est plus qu’un horizon repoussé. Le renouveau n’est ni rupture, ni réforme, ni vision ; il est devenu un signe d’attente, un slogan qui neutralise toute impatience populaire.

Ainsi, le pouvoir se renouvelle symboliquement… sans jamais se transformer.

4. Le peuple dans le brouillard

Cette politique du vide a un coût : elle use les consciences, décourage l’initiative et désarme les imaginaires. L’administration tourne en rond, la jeunesse s’exile, et les débats se figent entre cynisme et résignation. Le peuple n’est pas gouverné: il est maintenu dans une attente indéfinie. Une stratégie subtile : occuper sans remplir, régner sans agir.

5. Un pays à la croisée des ombres

Pourtant, le Cameroun n’est pas sans forces vives. Sa jeunesse, ses artistes, ses entrepreneurs, sa diaspora: tous portent encore la promesse d’un réveil. Mais pour que ce réveil advienne, il faudra d’abord nommer le vide, reconnaître la fatigue politique d’un pays qui mérite mieux que la survie. Ce n’est pas d’un nouveau discours qu’il a besoin, mais d’un nouveau souffle, celui d’une génération qui refusera de confondre la paix avec l’immobilisme.

Conclusion

La longévité politique de Paul Biya ne s’explique pas seulement par la force, mais par la ruse du vide: un pouvoir qui ne promet rien pour ne rien décevoir. Le Cameroun est devenu un théâtre où tout bouge pour que rien ne change.